Ce samedi 03 mai 2025, la communauté du Haut-Katanga s’est effondrée en larmes. Sur l’esplanade du bâtiment du 30 Juin, une foule immense s’est rassemblée pour rendre un dernier hommage à Nathan Musonda, Bourgmestre de la commune de Lubumbashi, brutalement arraché à la vie à l’âge de 37 ans. Parmi les nombreuses personnalités présentes, on comptait le Gouverneur de province Jacques Kyabula Katwe, le Vice-Gouverneur Martin Kazembe Shula, le Rapporteur adjoint de l’Assemblée provinciale Samuel Kilolo Yumba, le Ministre provincial de l’intérieur Jean-Jacques Kashiba Ntambo dit « umwine we bala » ainsi que plusieurs Députés nationaux et provinciaux : les Honorables Clotilde Mutita Kalunga, Micheline Mpundu, Balth Chola, Julien Kasanya… Sans oublier le représentant du Président du Sénat, Romulus Kisambe.
Mais au-delà des pleurs, un moment a suspendu le temps : le discours magistral de l’Honorable Serge Konde Chembo, Député national élu de Sakanya (Bena Lubembe). Un message fort, poignant, qui a résonné dans les cœurs comme un appel à l’éveil des consciences, un miroir tendu à une communauté meurtrie, mais trop souvent silencieuse.
Un cri du cœur pour réveiller les Associations socioculturelles endormies
Face à une assistance recueillie, l’Elu de Sakanya n’a pas mâché ses mots. D’un ton vibrant, il a fustigé l’indifférence des Associations socioculturelles de l’espace Grand Katanga, qui accusent leur passivité face à la disparition répétée de leurs leaders : « Jean-Claude Kazembe Musonda nous a laissé Nathan tout entier, un enfant entier, un enfant complet. Nous avons failli à notre mission, nous à qui Kazembe avait laissé son fils. »
En ciblant directement l’un des piliers communautaires notamment SEMPYA, KIKOKO et même la suprastructure, la Fondation Katangaise, Serge Konde a pointé du doigt une responsabilité collective étouffée sous le poids des convenances et du carriérisme politique.
Où sont passés les KIKOKO pour défendre les poussins ?
Dans une métaphore saisissante puisée du vécu culturel africain, l’élu a interpellé l’identité même de ces associations qui, autrefois, incarnaient la protection des leurs : « SEMPYA, KIKOKO (la couveuse, la poule qui protège), Fondation Katangaise, où êtes-vous ? On va exterminer tous vos enfants sous vos yeux. Ça craint, ça craint… Où sont les esprits Kisamamba ? Où sont les KIKOKO censés protéger les poussins ? » Il a poursuivi avec des mots qui interpellent plus : « Vous laissez les poussins être envahis, enlevés par ce qu’on appelle chez nous ba Pungwa (des rapaces comme des milans noirs) ».
« Ba Pungwa bafula, utwana twa nkoko abandonnés (les rapaces se multiplient et deviennent trop nombreux, et les poussins sont abandonnés, sans défense, laissés à la merci des prédateurs). Ikikoko kyalufya amasako yonse (la poule perd toutes ses plumes). »
Ces métaphores fortes exprimant l’abandon des leaders de l’espace grand Katanga par leurs propres structures, livrés à un environnement hostile, sans défense ni voix qui s’élève pour les protéger.
Un silence complice et une hypocrisie dénoncée
Derrière cette interpellation bouleversante, l’Honorable Konde a mis en exergue une triste réalité : la lâcheté collective. Des associations autrefois combatives, réduites aujourd’hui au silence, trop préoccupées à préserver les quelques postes administratifs ou politiques que détiennent certains de leurs dirigeants ou membres influents.
« Nous sommes déçus de nous-mêmes. Nous n’avons pas su assumer notre responsabilité, et nous continuons à abandonner nos responsabilités en tant que communauté. Les enfants du Katanga meurent tous les jours. » Des mots fustigeant l’hypocrisie d’un silence stratégique, celui (silence stratégique) qui préfère le confort à la vérité, la carrière à la conscience, et la survie individuelle à la dignité collective.
L’appel de Serge KONDE sonne comme une mise en demeure : il est temps pour SEMPYA, KIKOKO, et les autres forces vives sociales de sortir de leur léthargie sans précédent.






